A propos de Florian Tiedje et Lukas Hoffmann, exposition collective, Régionale 20, La Filature, Mulhouse

IMPRESSION D’EXPOSITION

De l’exposition de La Filature, scène nationale de Mulhouse présentée à l’occasion de Regionale 20, « Le propre du visible est d’être superficie d’une profondeur inépuisable », je retiens en particulier le travail photographique de Florian Tiedje et de Lukas Hoffmannn.

Le regard que le contemporain pose sur la nature n’est plus systématiquement le regard construit par le prisme du paysage, cadre culturel si bien déterminé par un système de règles implicites de représentation, de délectation et d’aménagement du territoire, aussi. Le plaisir de la nature regardée ne serait désormais plus seulement procuré par l’émergence d’une ligne d’horizon ou d’une ligne de crête, d’un sentiment atmosphérique ou sublime de la nature qui se déploie sous nos yeux — le plaisir de voir la nature serait aussi subversif. Il faut en effet voir à côté, voir en dessous, retourner le jeu des apparences attendues et entretenues, pour trouver de l’intérêt à représenter et voir : là des plantes rudérales de bordure de routes, témoins d’une biodiversité sous-estimée, et par là, sous-exposée, ici la souche d’un arbre abattu, dernier témoin cartographique d’une vie verticale dont la topographie des cernes dessine comme une géographie interne au règne végétal (Florian Tiedje) ; là l’état éventré d’une zone de terre retournée laissant apparaître la généalogie racinaire d’un écosystème sous terrain, quand ailleurs un champ de choux rouge en décomposition devient le sujet horizontal d’un état de nature impermanent, qualification contemporaine de la nature morte, tout à fait morte et ainsi tout à fait naturelle (Lukas Hoffmann).

La nature ainsi traitée et exposée interroge le dépassement du registre du visible pour l’homme du commun, de ce qu’il souhaite voir. Il n’y a pas de confort en effet à voir la terre retroussée, les cimes décapitées, les sols qui se digèrent eux-mêmes. Le photographe pourtant en parallèle cherche à donner de la visibilité à ces marges, à requalifier ces états de nature en bordure, et ce faisant nous appelle à entretenir une relation outre-passée avec ce monde qui n’est pas tout à fait le nôtre mais auquel nous cessons de participer – à tout le moins par le désir agissant de vivre en voisinage avec lui.

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