Benoît Huot, Bêtes et dieux, cortèges sacrés, Musées de Belfort, printemps-été 2014

Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Besançon en 1989, Benoît Huot (né en 1966) se concentre sur une pratique artistique de peintre et de graveur jusqu’au milieu des an- nées 1990. Mettant entre parenthèses son travail d’artiste à la faveur du chantier de res- tauration de sa résidence personnelle dans le petit village de Montivernage, il revient à l’art après avoir trouvé de nombreux animaux « séchés » dans les murs de sa vieille mai- son – rats, souris, belettes, chats – qu’il emballe avec des chiffons et de la ficelle et qu’il conserve soigneusement dans de petites boîtes en prévision d’une pratique sculpturale à venir.

Ce premier contact avec des animaux momifiés se radicalisera bientôt à travers un tra- vail convoquant des espèces autrement plus conséquentes et qui deviendront désormais le support principal à son activité d’artiste-plasticien. Considérant l’animal mort comme « une poussière d’os » en tant qu’évocation de la relique sainte conservée dans un lieu sacré, Benoît Huot prend soin d’aborder l’utilisation de la figure animale à des fins ar- tistiques à la manière d’un rituel, mettant, au propre comme au figuré, chaque animal au cœur d’une série d’actes et de gestes « reliquaires » d’enveloppement, de recouvre- ment, d’amoncellement, de préservation et de sécularisation. Dès lors, le traitement de chaque trace de vivant avec une telle déférence et préciosité, confère à la démarche de Benoît Huot une charge toute symbolique, en ce que ce travail donne l’impression de vouloir réveiller une vie disparue : « Je sais, déclare-t-il, qu’une pièce est finie quand le dernier élément crée la vie et quand l’animal qui était mort s’anime, pour une nouvelle existence, pour une nouvelle destination ».

Animaux naturalisés, matières tissées, fourrure, passementerie, bijoux, plumes, fleurs artificielles, objets divers, assemblés par collage : autant d’éléments qui pourraient servir à la définition sommaire de la composition des sculptures de Benoît Huot qui entrent en résonnance ici avec les collections d’objets religieux, de statuaire animalière et de portraits peints du Musée des Beaux-Arts de Belfort.

S’inscrivant dans un champ résolument élargi du domaine stricte de la sculpture, ces artefacts au statut hybride évoluent de façon indistincte entre œuvres d’art autonomes, objets d’art manufacturés ou objets décoratifs, bibelots représentatifs d’une culture « po- pulaire » et autres images saint-sulpiciennes, objets ready-made et assemblages, œuvres d’art brut, formes primitives issues de cultures pré-industrielles, trophées de chasse et images fétiches de civilisations méconnues.

A la marge d’une création contemporaine trop souvent étanche à des expressions étran- gères, les œuvres de Benoît Huot militent pour la substitution d’une production méca- nisée par un processus de confection hand-made et home-made. Emanant d’un esprit inscrit lui-même à la frontière d’une pratique artistique et artisanale, ces figures au de- meurant singulières, embrassent définitivement un monde d’une « inquiétante étran- geté », à la fois proche de l’Homme et en proie à son rejet.

Représenté depuis peu par la galerie Eva Hober (Paris) où il a récemment bénéficié d’expositions collective et individuelle, signe d’un intérêt du marché de l’art contempo- rain pour les expressions artistiques résistantes, le travail de Benoît Huot a été présenté en 2012 à la Maison Rouge – Fondation Antoine de Galbert (Paris) et en 2013 au Centre culturel d’Oyonnax. Cette exposition aux Musées de Belfiort intervient dans le cadr du festival Impetus des cultures et musiques divergentes.

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